Par Alain Le Noir, Vice-président de Finances sans frontières,
Conseiller du Président du Club des dirigeants des banques et établissements
de crédit d’Afrique.
Il en est sans doute de même en France puisque trois
des principaux candidats à la prochaine élection présiden- tielle (Nicolas
Sarkozy, François Hollande et François Bayrou) ont, parmi leurs priorités,
avancé que, s’ils étaient élus, ils créeraient une banque spécialisée,
dédiée au financement des investissements des PME. Pourtant de telles
institutions existent depuis longtemps en France ; les Sociétés de
développement régionales (SDR), le Crédit d’équipement des PME (CE- PME), la
Banque de développement des PME (BDPME), puis actuellement OSEO, ont
successivement été créés pour répondre aux besoins financiers des PME.
Établissement public doté d’une mission d’intérêt général, OSEO intervient
dans le financement de la création, de l’innovation et de l’inves-
tissement, comme dans la satisfaction des besoins de trésorerie et de la
transmission d’entreprise. Il faut croire que OSEO ne suffit pas puisque
l’insistance des petits et moyens entrepreneurs conduira vraisemblablement à
la création dans les prochains mois d’une nouvelle institution financière.
En Afrique francophone le vide est quasiment total, tout au moins pour
celles que l’on classe aujourd’hui dans la catégorie des meso entreprises.
Cette question, toujours sans solution malgré son urgence, explique pourquoi
le Club des dirigeants des banques et établissements de crédits d’Afrique
s’y intéressait une fois de plus, parmi les thèmes traités lors de ses
journées annuelles de Cotonou. Pourtant, nul ne le conteste, la PME est
l’avenir de l’Afrique. Au cours des journées du Club, Cheick Kanté, Senior
operations officer de la SFI à Johannesbourg, insistait sur cette réalité
économique : dans une récente enquête, parmi les 30 à 37 millions de PME en
Afrique subsaharienne, 84 % déclaraient être mal servies ou non servies par
leurs banques avec notamment les taux d’intérêts les plus élevés du monde ».
Pour que les PME remplissent pleinement leur rôle il faudrait, selon la SFI,
multiplier par 500 les crédits actuellement consentis. Cela est hors de
portée des banques classiques actuelles qui ont également à satisfaire
d’autres besoins, notamment dans le financement du cycle d’exploitation des
entreprises. Dans un précédent numéro de African Banker, j’insistais sur la
nécessaire spécialisation des institutions financières », en ajoutant :
Pourquoi ne pas créer un crédit d’équipement des PME, une banque des
artisans. Dans les pays de l’Uemoa, la quasi-faillite du groupe Banque
régionale de solidarité (BRS) pourrait en être l’occasion. La BCEAO,
propriétaire malheureuse de ce groupe, (une banque centrale ne devrait
jamais investir dans une banque commerciale que, par ailleurs, le
législateur la charge de contrôler : d’où le danger d’être juge et partie),
vient de confier l’avenir de ce groupe présent dans chacun des huit pays de
l’Union, à la Banque ouest-africaine de développement (BOAD).
La banque régionale de développement révélait récem- ment : Les recommandations d’une
étude que nous avons conduite et qui prescrit à la banque de soutenir la
création de banques de PME dans les pays de l’Union et de créer un
environnement plus incitatif pour le finan- cement des PME par le système
financier existant ». L’occasion est belle pour la BOAD de filialiser sous
la forme d’une banque des artisans les BRS actuelles. Cette initiative, non
seulement comblerait le vide actuel, mais permettrait de revenir aux
origines de la création des BRS et de la volonté plus ou moins affichée des
États de soutenir les petites entreprises. L’appui technique et financier de
la BOAD, les lignes de crédit à des taux préférentiels des bailleurs de
fonds et un contrôle des connaissances et des capacités à la gestion des
demandeurs de crédits, par exemple sous la forme de tests d’adaptation aux
risques de crédit comme ceux qui ont été présentés au Club des dirigeants
par l’Entrepreneurial Finance Lab de Johannesbourg seraient autant d’atouts
dont pourrait s’inspirer la BDEAC, l’homo- logue de la BOAD pour l’Afrique
centrale.